Blockchains et environnement : quel impact sur notre planète ?

Le mécanisme de validation par preuve de travail consomme annuellement plus d’électricité que certains pays européens. Pourtant, certains réseaux se tournent vers des alternatives qui réduisent drastiquement cette dépense énergétique. Peu d’industries présentent un écart aussi marqué entre promesses technologiques et controverses écologiques. Ici, l’impact varie selon la méthode employée, l’emplacement des infrastructures et la provenance de l’énergie utilisée.

Comprendre l’empreinte écologique des blockchains : état des lieux et chiffres clés

Difficile d’aborder le sujet des blockchains sans s’arrêter sur Bitcoin, indissociable de la consommation énergétique la plus spectaculaire du secteur. Les chiffres sont vertigineux : à lui seul, le réseau Bitcoin mobilise autant d’électricité chaque année qu’un pays comme la Norvège. Cette situation vient principalement du minage, pierre angulaire de la validation des transactions qui fait tourner d’immenses structures remplies de machines ultra-performantes.

Le recours à la preuve de travail démultiplie les conséquences sur l’environnement. Voici ce qui revient le plus souvent parmi les effets liés à ce procédé :

  • émissions de gaz à effet de serre liées à une production d’électricité fréquemment basée sur des énergies fossiles comme le charbon ou le gaz
  • déchets électroniques puisque les machines spécialisées ne durent guère plus de 18 mois, remplacées au rythme de la course à la puissance

Certains groupes du secteur, comme le Bitcoin Mining Council, indiquent que près de 59 % de leur électricité viendrait désormais des énergies renouvelables. Cette affirmation suscite toutefois des réserves chez plusieurs analystes. Quant à d’autres cryptomonnaies, Ethereum notamment avant sa mue,, elles suivaient des modèles énergétiques similaires, renforçant l’inquiétude générale.

Ce marché des crypto-monnaies pèse désormais plusieurs milliers de milliards de dollars, mais son mode de fonctionnement continue d’interroger. Chaque transaction réalisée sur le réseau Bitcoin nécessite en moyenne 700 kWh, soit la dépense d’électricité d’un foyer français sur un mois entier. Cette réalité force le débat sur l’impact environnemental du numérique, étayé régulièrement par des chiffres issus d’universités ou d’études de l’industrie.

Pourquoi la consommation énergétique varie-t-elle selon les technologies blockchain ?

Toutes les blockchains n’affichent pas la même facture énergétique, loin de là. Ce qui les distingue ? Leur mécanisme de consensus. Deux méthodes majeures dominent : la preuve de travail (proof of work, PoW) et la preuve d’enjeu (proof of stake, PoS).

Avec la preuve de travail, que l’on retrouve chez Bitcoin, les participants doivent relever des calculs mathématiques complexes. Cela pousse à une activité effrénée de milliers de machines tournant en permanence, chacune espérant décrocher la validation du prochain bloc. Résultat : les besoins en électricité explosent.

Le modèle de la preuve d’enjeu (proof of stake), lui, bouleverse la donne. Ici, plus de rivalité entre machines. Les validateurs sont tirés au sort selon la quantité de cryptomonnaie qu’ils acceptent de ‘verrouiller’. Avec cette approche, les infrastructures se font bien plus légères et la consommation énergétique s’effondre. Lorsqu’Ethereum a quitté la preuve de travail pour la preuve d’enjeu en septembre 2022, la fondation du projet a annoncé une réduction de plus de 99 % de sa dépense électrique.

Ce gouffre énergétique entre les deux systèmes reflète les orientations très différentes prises au sein des blockchains. Chacun cherche la bonne balance entre sécurité, décentralisation et sobriété, quitte à réinventer ses propres méthodes.

Des initiatives émergentes pour limiter l’impact environnemental

Alertes, études et rapports sur l’impact environnemental des blockchains continuent de s’accumuler. L’écosystème commence à réagir. Certaines entreprises, groupements et pouvoirs publics mettent en place des mesures inédites. Plusieurs grands acteurs du minage de Bitcoin, réunis, publient à présent la répartition de leur consommation entre énergies conventionnelles et énergies renouvelables. Pour l’année 2023, ils affirmaient ainsi avoir dépassé les 59 % d’électricité verte.

Pour renforcer cette dynamique, la France et l’Europe préfèrent serrer la vis. Le Parlement européen envisage que les infrastructures blockchain doivent être exclusivement alimentées par des sources renouvelables, chaque nouveau règlement poussant le secteur vers une transition écologique vigoureuse. D’autres territoires, comme le Kazakhstan où le minage connaît une croissance fulgurante, instaurent des quotas et imposent le recours à des crédits carbone pour pallier les émissions de gaz à effet de serre.

Pour illustrer les principaux leviers d’action testés ou envisagés :

  • promotion des blockchains sur le modèle de la preuve d’enjeu, réduisant drastiquement les émissions de carbone
  • partenariats avec les fournisseurs d’énergies renouvelables pour une alimentation plus propre des installations
  • déploiement de programmes ciblés sur le recyclage du matériel et la gestion des déchets électroniques

L’appel s’adresse aussi bien aux développeurs qu’aux utilisateurs, invités à choisir les plateformes les plus sobres et transparentes. Sur le territoire français, plusieurs projets pilotes émergent pour associer chaque transaction à un label écologique vérifiable.

Homme en extérieur avec éoliennes et tablette blockchain

Vers une blockchain plus verte : quelles perspectives pour demain ?

La transition écologique prend de l’ampleur dans le secteur de la blockchain. Innovation technique, contraintes réglementaires et prise de conscience collective imposent un nouvel agenda. La preuve d’enjeu, déjà actée sur des réseaux majeurs comme Ethereum, trace une ligne claire : le temps du gaspillage énergétique touche à sa fin.

Dans l’hexagone et ailleurs en Europe, la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre issues des technologies blockchain s’organise à tous les niveaux. Sur le terrain, de multiples axes sont explorés : intégration de crédits carbone dans la gestion des transactions, mise en place de registres distribués pour contrôler la consommation ou certificats pour garantir la sobriété des chaînes de blocs.

Actuellement, plusieurs tendances se distinguent et orientent l’évolution du secteur :

  • création d’applications décentralisées visant une utilisation plus économe en énergie
  • mise en place de certifications pour garantir la sobriété des infrastructures numériques
  • élaboration de standards à l’échelle européenne pour réduire l’empreinte environnementale des blockchains

Le paysage de la blockchain tremble encore sous le poids de sa réputation polluante, mais l’esprit d’innovation qui anime le secteur ouvre de nouvelles voies. Le défi : faire des technologies décentralisées une pièce maîtresse de la transformation écologique, où chaque bloc ajouté comptera autant dans la lutte contre le réchauffement que dans la validation d’une transaction numérique.